A bord, l’eau douce est une voire LA denrée la plus précieuse. Alors tout est bon pour l’économiser!

Comme pour la vaisselle, rien de tel que de se laver à l’eau de mer et de n’utiliser l’eau douce que pour l’ultime rinçage. Seulement, les savons dans l’eau de mer, ça ne « marche » pas…

Zéro mousse!

Partant donc à la recherche d’un savon marin, j’ai été surprise par le peu voire l’inexistance d’offre sur le marché. Je n’ai donc eu d’autre choix que de me lancer dans sa fabrication et de me mettre à la saponification à froid pour l’occasion.

Preuve en image !

Toujours à la recherche d’un impact réduit sur l’environnement dans lequel seront directement rejétés les résidus, on préférera un savon à un gel douche! 😉

Préambule :

La saponification à froid (SAF) est la méthode la plus simple pour réaliser des savons artisanaux chez soi, mais elle demande un minimum de connaissances. Je vous partage ici ma recette mais elle n’est pas forcément parfaite.

L’idée de cet article est plus de vous montrer la démarche et de vous donner les billes pour que vous puissiez en faire un qui vous convient à votre tour!


I- Les notions de base de la saponification à froid (SAF)

a – Le principe

Huiles/Beurres + soude = Savon + Glycérine

Le saviez-vous ? La glycérine issue de la réaction de la saponification a des propriétés hydratantes. Généralement retirée des savons du commerce (pour être revendue et ajoutée dans d’autres produits cosmétiques), sa présence ici est ce qui va rendre les savons en SAF tout doux!

  • Pour réaliser un savon, il faut donc un corps gras (huiles ou beurres, animal ou végétal) que l’on va venir faire réagir avec une quantité très précise de soude diluée. Cette réaction s’appelle la saponification. A froid car elle se passe à température ambiante (mais la réaction, elle, va monter en température).
  • Chaque huile ou beurre a des propriétés particulières (détergence, douceur, dureté, etc.) qui vont avoir un impact sur le savon. On peut jouer avec le choix et les dosages des huiles ou beurres pour personnaliser son savon selon ce qu’on recherche.
  • Chaque corps gras a besoin d’une quantité de soude particulière pour être saponifié. On appelle cela l’indice de saponification.
  • A chaque recette et chaque dosage va donc correspondre une quantité de soude extrêmement précise. C’est ce qui rend la SAF délicate et nécessite d’utiliser un calculateur à chaque formulation, pour connaitre le poids exact de la soude selon les huiles utilisées et le poids total.

b – Choisir ses huiles

Pour avoir une formule de savon équilibrée, il est généralement conseillé d’utiliser dans son mélange d’huiles à saponifier (on base le calcul des corps gras sur 100%) :

  • 20 à 30% d’huile de coco, Coprah ou Babassu, pour apporter un bon effet lavant et moussant (tous les savons peuvent mousser et laver, même sans ces huiles, mais leur richesse en acide laurique favorise une mousse abondante et augmente le pouvoir lavant).
  • 40 à 60% de gras « durs » (beurres ou huiles dures comme Coco, Karité, Cacao, Babassu…) pour avoir une dureté satisfaisante (une bonne tenue à l’usage). On inclue donc dedans les 20 à 30 % d’huile de Coco, Coprah ou Babassu, qui sont des gras « durs ». 
  • le reste de la base peut être constitué d’huiles végétales liquides, qui apportent de la douceur et des propriétés sur la peau .

Extrait qui présente quelques propriétés d’huiles et beurres (à approfondir, vous trouverez des liens plus bas!):

  • Coco, Babassu, Palme, Ricin pour la mousse
  • Abricot, Amande douce, Olive, Macadamia, Noisette, Argan, Ricin, Colza, Pépins de raisin, Coton, Chanvre, Sésame, Bourrache, etc. pour la douceur
  • Karité, Cacao, Ricin pour le crémeux.

c- La soude

2 types de soude (hydroxyde de sodium) :

  • Soude sous forme solide qu’il faudra diluer (généralement dans les magasins de bricolage – il s’agit bien d’hydroxyde de sodium, pas de cristaux de soude ou bicarbonate de soude) ;
  • Lessive de soude, prête à l’emploi car déjà diluée.
  • Une fois les huiles choisies, il faut effectuer un calcul pour déterminer la quantité (très précise) de soude qu’il faudra mettre. Il est possible de le faire à la main, auquel cas allez voir ici comment faire.
  • Sinon il faut utiliser un calculateur. Celui-là aura par ailleurs l’avantage de vous aider à mesurer vos quantités d’huiles choisies pour avoir une formulation équilibrée.
  • La soude va venir saponifier les huiles et beurres mais elle est très corrosive, il ne doit donc pas en rester (d’où la nécessité d’une grande précision). Pour s’assurer qu’il ne reste pas de soude à l’issue de la saponification, on rajoute toujours un peu plus d’huile (ou on ajoute un peu moins de soude) : on appelle cela le surgraissage. Tous les savons faits en SAF sont donc « surgras ». Cela aura par ailleurs l’avantage de le rendre encore et toujours plus doux!
  • C’est à vous de choisir le surgraissage que vous voulez, on recommande un minimum de 3% (pour les savons ménagers). Je dirai qu’un surgraissage de 7 à 10% est pas mal.

c- Le calculateur

Il en existe plusieurs, des plus ou moins simples, plus ou moins complets.

Les principaux :

C’est le calculateur Mendrulandia que j’utilise. Ca peut paraître compliqué à première vue mais c’est en fait assez simple une fois pris en main. Et pour vous rendre la tâche plus facile, Mademoisselle savonne a réalisé une fiche technique sur son utilisation.

En gros :

  • vous rentrez les huiles/beurres que vous voulez/avez (pas besoin de surconsommer, on fait avec ce qu’on a!!)
  • vous indiquez le % que vous avez estimé pour chaque corps gras (pour que ce soit plus simple, on commence par tout faire pour 100g comme si on parlait en %. On recalculera ensuite -voir plus bas).
  • vous indiquez le surgraissage souhaité
  • la concentration (correspond à la dilution de votre soude. Si c’est une lessive de soude vous indiquez la concentration inscrite sur la bouteille ; si ce sont des cristaux, vous pouvez choisir la concentration que vous voulez. Mais notez qu’en moyenne une concentration de 30% convient).
  • A partir de ces données, le calculateur va vous proposer une « prévision du mélange » qui vous donne un aperçu de comment sera votre savon.
  • Vous pouvez jouer sur les huiles, leur quantité, le surgraissage, etc. pour voir apparaitre la formule qui vous convient (une bonne formule n’est pas forcément verte dans tous les facteurs, pas de stress!).
  • Une fois la formule décidée, vous n’avez plus qu’a suivre les dosages, y compris ceux de la soude et de l’eau qui ont été calculés.

d- Matériel, sécurité et mise en pratique

  • Pour ces 3 parties, je vous laisse chercher par vous-même, vous trouverez toutes ces infos facilement (en article ou tuto vidéo).
  • J’avais besoin d’être sûre que vous ayez à minima les notions expliquées jusque là pour comprendre la suite – et ce qui nous intéresse – à savoir la formulation d’un savon marin!

Bon comme je suis sympa je vous mets en lien des articles :

e- Ressources pour approfondir

Je vous ai proposé ici une présentation dans les grandes lignes du principes et des principales notions à connaitre.

Pour approfondir (et je vous le conseille vraiment) il existe plein de sites et blogs! Je vous en propose 2 ici :

II- Les particularités d’un savon marin

Rentrons maintenant un peu plus dans le cœur du sujet!

On veut utiliser notre savon dans de l’eau de mer, c’est à dire dans de l’eau salée. Plusieurs points à savoir à ce propos:

  • L’eau salée rend le savon difficilement soluble. Il est donc difficile à utiliser et à rincer.
  • Seule l’huile de coco saponifiée est capable de mousser dans l’eau salée. Mais un savon 100% coco sera trop décapant (c’est en général utilisé comme savon ménager).
  • Le sel va précipiter le savon, et le séparer des autres composants comme la glycérine, les colorants, les ajouts etc. C’est d’ailleurs une technique appelée relargage.
  • Pour un savon utilisé dans de l’eau de mer, on va donc penser la formulation de manière complètement différente que pour un savon classique.
  • On va forcer sur le % d’huile de coco, mais grâce à un surgras élevé et au sel (qui fera ressortir la glycérine), le savon sera au final très doux.

Petit point sur le 100% coco:

Les seules recettes de savon marin que j’ai pu trouver jusque là proposaient de ne mettre que de l’huile de coco. Or un tel savon sera trop décapant. Si vous avez une peau solide qui ne craint rien pourquoi pas. Mais moi je cherchais un savon qui reste tout de même doux, pour que mon capitaine qui souffre d’eczéma puisse l’utiliser.

Astuce! J’ai réalisé des savons 100% coco pour faire le ménage (même avec de l’eau salée!).

III- Ma recette

Voici ma recette (ou plutôt 2) d’un savon de mer, utilisable en eau salée tout en étant doux pour la peau, y compris les peaux fragiles comme celles ayant de l’eczéma.

Ma démarche :

  • je suis partie des ingrédients que j’avais
  • j’ai recherché puis listé leurs propriétés
  • j’ai réparti leur % selon les recommandations citées plus haut
  • j’ai ajusté en jouant sur Mendrulandia pour obtenir la formulation qui me convenait le plus
IngrédientsPropriétésTrace*
CocoDureté / Pouvoir lavant / Pouvoir moussant+
KaritéDureté / Tenue et onctuosité de la mousse+
OliveDouceur et propriétés pour la peau / dureté à +60%
RicinAugmente la mousse / propriétés pour la peau / 5 à 15%
CacaoDureté / Tenue et onctuosité de la mousse+
TournesolDouceur et propriétés sur la peau / mou, peu de mousse
* La trace est le repère visuel jusqu’auquel il faut mixer la préparation. Elle apparait plus ou moins vite selon les huiles utilisées.
Dans ma recette 1 elle apparaissait trop vite (et la pâte devenait vite trop épaisse pour être manipulée et mise en moule), j’ai donc essayé de moduler ce critère en changeant le cacao par du tournesol.

Recette 1

  • Elle est indiquée ici pour 100g d’huiles car comme ça chaque mesure correspond au pourcentage d’huiles. C’est plus facile pour travailler la recette.
  • Pour passer ensuite dans la quantité que vous souhaitez, il faut passer en mode « expert », indiquer le poids total que vous voulez (en quantité d’huiles / « graisses », ou en tout / « formule ») et cliquer sur « recalculer ».

Si on décrypte cette recette, nous avons :

  • 40% de coco (20 à 30% recommandé pour un savon classique)
  • 55% de gras dur (40 à 60% recommandé pour la dureté qui est ici à 49, le savon ne sera donc pas mou)
  • un surgraissage de 10%
  • Un pouvoir lavant de 53 donc assez élevé mais pas trop non plus, et qui sera compensé par le sel qui relarguera la glycérine
  • Des bulles de 53 pour favoriser la mousse qui est difficile à se former en milieu salé
  • Une douceur de 49 donc tout à fait raisonnable!

(A cette recette j’ai ajouté du miel et du lait d’avoine -en complément d’une partie de l’eau de la soude – pour renforcer le côté douceur. Mais ça je vous laisse voir selon vos envies et votre niveau en SAF! A noter si vous voulez tenter, que ma pâte a vraiment beaucoup chauffé!)

Recette 2 :

(Le Cacao a été remplacé par du Tournesol pour rendre la pâte moins épaisse, le surgraissage est passé de 10% à 9%)

Astuce ! Dans un des savons de mer j’ai ajouté un peu de marc de café pour obtenir un savon parfait pour les mains après travaux (matières difficiles à enlever ou malodorantes).

IV- Le mot de la fin

Pas de grande différence entre ces 2 recettes, juste pour vous montrer comment on peut moduler sa formulation selon les huiles dont on dispose ou selon ce qu’on veut obtenir.

Evidemment dans ces recettes pas de fragrance ou de colorants, on se rappelle que c’est pour aller dans la mer donc on favorise le simple car c’est ce qu’il y a de plus éco-friendly! 😉

Maintenant c’est à vous de jouer, j’espère que cet article vous a plu et vous sera utile. N’hésitez pas à me le dire en commentaire!

A bientôt pour d’autre DIY de la vie en bateau!

Catégories : CosmétiquesDIY

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